13.09.2007

Lettre à une apprentie pilote


Le ciel est bleu laiteux ce matin, les collines jouent à cache-cache avec la Tour Ariane devant mes yeux, et le haut de la Tour Coeur Défense se perd un peu dans le bleu du ciel. Tout ça va se lever dans la journée, et j'irai, moi aussi, faire ce soir aux Mureaux un bisou sur le nez de mon YL, et faire briller ses carénages de roue, elle adore ça.

Il est blanc avec un hélicoïde rouge son bout de nez.

YL, Young Lady, ma jeune fille de 1963, au plumage soyeux et aux rémiges orientées vers le bas, comme en position de vol doux planant à tout moment. Elle a l’air fière, en ligne de vol même au sol, prête à décoller à tout moment. Son moteur répond toujours à la première sollicitation. Il ronronne comme un gros chat au ralenti et n’hésite pas à rugir pour bondir vers les cieux.

C'est drôle, cet attachement que l'on a pour notre avion. Il est vrai qu'on lui confie notre vie, quand on va frôler les cieux, pour le plaisir, l'espace d'un instant, avec cette sorte de béatitude, qui nous porte, qui nous grandit, qui nous fait toucher du doigt l’humanité qui est en nous.

Je lui parle à mon oiselle volante, je lui dis des mots doux, comme si elle comprenait, comme si elle pouvait apprécier les grands moments de bonheur qu'elle me procure.

L'espace d'un instant, l'instant et l'espace se mêlent, s'emmêlent, pour ne plus former qu'un, pour simplement être, pour fusionner dans la trajectoire qu’elle suit. J’aimerais être tout à la fois aux commandes, et à l’extérieur, en observateur aimant et attentif pour la voir évoluer, glisser, se mouvoir dans cette espace-temps sans limite.

J’aime cette relation presque fusionnelle que nous avons avec nos oiseaux de bois et de toile, de composite ou de métal, sur les ailes desquels la lumière glisse et se reflète, avec une densité parfois perceptible, appréciable, mesurable, et qui nous porte au firmament de nos rêves, avec ce sentiment de grande fragilité mélée d’invulnérabilité éthérée, cette relation de confiance, cette impression de compréhension commune, qui fait que le plus beau vol sera certainement encore le prochain, avec son lot de découvertes, de sensations nouvelles, de partage d’émotions.

J’aime y entendre les rires de mes deux bébés, assis confortablement sur la banquette arrière et j’aime y voir le sourire de mon aimée qui les regarde tendrement.

J’aime y partager ces moment avec mes amis et redécouvrir avec eux les sensations des premiers vols, des découvertes ou re-découvertes, des étendues immenses qui se découvrent sous nos yeux.

Et quand nous redescendons, après le poser et le retour au hangar, j’aime rester encore un instant, à l’arrêt, bien au chaud dans le cockpit, les yeux visant au loin, avec seul le bruit du gyro qui continue à tourner, en ralentissant doucement.

Je te souhaite plein de vols-bonheurs,

Patrick

 Patrick Guedj /Juin 2004  

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