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13.09.2007

J'ai fait pleurer ma Fanny

 

C'était il y a tout juste un mois, le 27 mai 2006.

La cérémonie à la mairie de Palaiseau était toute simple et la famille et les amis présents regardaient les deux tourtereaux qui se lançaient dans la vie, avec l'entrain de leurs 26 printemps.

Et le père de la mariée, en l'occurence votre serviteur me direz-vous, qu'avait-il préparé ? Elle avait essayé pourtant de le savoir, elle l'avait cuisiné des jours durant, sans savoir ce qu'il avait mijoté dans son coin. Elle l'avait tarabusté, menacé, enjolé... Elle ne savait pas quoi, mais elle savait simplement qu'il se tramait quelque chose, elle connait par coeur les sourires de son père.

Elle le connait bien ce tout-fou qui passe une partie de sa vie à voler sur tout ce qui vole, à naviguer sur tout ce qui flotte, à bouger partout où il a envie d'aller...

Le cortège démarre de Palaiseau en direction de Limours. Les mariés en tête dans une Deux-Chevaux bleu-azur décorée pour l'occasion.

Evelyne et moi-même nous nous éclipsons du cortège et par les chemins vicinaux et nous nous dirigeons vers l'aérodrome de Toussus-le-Noble où nous attend déjà Hélicofan.

Evelyne me lâche devant l'insecte encore endormi et garde mon fauteuil roulant dans la voiture pour me le rendre sur place plus tard. Elle repars rejoindre le cortège avant qu'il n'arrive à bon port, pour ne pas donner l'alerte.

Le R22 rutile sous le soleil et rigole déjà de la bonne blague que nous allons faire ensemble.

Je monte en place gauche et cale entre mes jambes les deux sacs-poubelle pleins de pétales de roses encores humide de la rosée du petit matin, achetés la veille à Rungis. Patrick a déjà fait la check et nous vérifions ensemble que rien ne peut gêner à aucun moment les commandes. Nous revisualisons le trajet. Il durera dix à douze minutes.

J'attends que la sonnerie de mon 6210 vieux modèle se réveille enfin... Celle-ci tarde un peu et s'excite soudain toute seule.

Ca y est, il est temps, notre informateur sur place nous signifie que la dernière voiture du cortège est arrivée.

Philippe, le père de mon "fils nouveau", est au courant de notre surprise. Il a dix minutes pour placer tous les convives sur une ligne pré-dessinée au sol, afin de former un coeur de quarante mètres de diamètre et de positionner les mariés au centre.

Pendant ce temps, nous nous alignons et décollons de LFPN du pad Hélico à gauche de la 25L.

Le sol défile, et c'est exactement comme sur la simulation que j'ai passée et repassée pendant la semaine : le premier rond point routier entre la D938 et la D36, puis le passage de Cressely, avec ses rues à l'équerre, le passage au dessus de la forêt de St Rémy-les-Chevreuses, Les Molières puis enfin Limours en Hurepoix.

On contourne la ville pour arriver au niveau du golf. La ferme est là, bien visible, avec ses quatre champs séparés par un rond-point qui ressemble à un VOR.

Le coeur, dessiné par les invités, est parfaitement visible et nous arrivons, presque sans bruit, dans notre libellule.

On descend lentement, bien centrés, et Patrick suit à la lettre mes indications. Une poignée de pétales s'échappe et me donne la position idéale.

La belle robe blanche de Fanny se détache dans le vert du pré et sa traîne s'élève doucement et flotte, presque horizontale.

Je laisse s'échapper les pétales du premier sac en un mouvement ample et ils descendent en tournoyant pour venir envelopper les mariés. Le second sera laché quelques secondes plus tard, en demandant à Patrick de balancer doucement son R22, ce qui a pour effet d'arroser aussi tout le monde dessous.

Les flashs crépitent dessous, on se croirait en plein orage. On se pose dans le second champ, et le temps de couper le contact, de descendre de l'hélicoptère et de rejoindre tout le monde, Fanny se jette dans mes bras les larmes aux yeux. Julien me regarde un peu effaré. Je le comprends, il vient d'entrer dans une drôle de famille.

A ma connaissance, c'est la bien première fois que le père de la mariée réussit à voler la vedette à la mariée !

 Patrick Guedj en Juin 2006

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