13.09.2007

En passant par la Lorraine

  
  

Episode un...

Dix huit heures zéro minute - vite, on sort du boulot et on fonce aux Mureaux. Nos deux poussins Paul (6 ans depuis une semaine) et Daniel (5 ans dans 10 jours) nous ont rejoints au bureau et nous partons ensemble de la tour Europe à la Défense vers notre terrain préféré.

En ce vendredi 16 juin 2006 au soir, Yankee Lima est déjà devant le hangar, Charles me l'a sorti en sortant le sien pour une balade, les pleins sont faits et le temps est superbe.

Le temps de s'extirper de la voiture, de faire la "prévol", Evelyne attache les petits à l'arrière. Daniel fait une tentative pour être copilote, mais il choisit en fait de rester jouer derrière et nous décollons sur la 28 en service.

Adieu la région parisienne et à nous la ligne bleue des vosges, destination Buhl-Lorraine (LFGT).

C'est drôle comme je pouvais être indifférent à la géographie au collège et tout à coup me découvrir une véritable passion pour elle. Je sais maintenant que le massif vosgien s'étend sur 125 km du Nord au Sud, formant la célèbre ligne bleue, et que les sommets les plus élevés sont au sud : le ballon de Guebwiller (1424m), le Hohneck (1361m), et je sais aussi maintenant pourquoi cela m'intéresse.

Le trajet est simple : Pontoise (LFPT) - Persan (LFPA) - Plessis Belleville (LFPP) - Chateau Thierry (LFFH) - Epernay (LFSW) - Chalons (LFQK) pour éviter les zones militaires actives R4BC - Appel St Dizier sur 134.77 mais pas de réponse - Bar le Duc (LFEO) et enfin Sarrebourg/Buhl-Lorraine.

On passe avec Lorraine Info 127.25 et on évite les planeurs de Malzeville (LFEZ) en passant un peu plus au nord.

On voit à droite les grands oiseaux blancs qui sont de sortie. C'est normal avec le temps qu'il a fait. Ils ont déplié leur grand plumage et enroulent les quelques pompes qui restent à cette heure, sous les petits cumulus, jouant à saute-moutons de l'un à l'autre et utilisant les ascendances autant qu'ils peuvent. Jouer à saute-moutons dans cet espace de tradition d'élevage de vaches laitières, fournissant le munster et le gérômé est un comble !

La fameuse ligne bleue se découpe déjà au loin.

Buhl-Lorraine arrive très vite. Tour de piste à 2000 ft QNH, personne en tour de piste, l'asphalte de la 04-22 brille sous le soleil rasant, la 22 en service, les pneus font un petit "pouic" en effleurant le sol qui défile dessous. Yankee Lima, toujours douce à l'atterrissage, nous propulse jusqu'aux hangars puis s'arrête avec le sentiment du devoir accompli.

Arnaud, Iza et Hugues sont déjà là.

En ouvrant la porte de notre Piper, j'entends le "Plop" du bouchon de champagne qui saute.

Ils savent accueillir les pilotes en Lorraine !

Arnaud nous apporte dès la sortie une coupe à chacun.

Je savoure les petites bulles de la mienne, assis sur le haut de l'aile en écoutant le gyro terminer sa course et en me régalant du coucher de soleil plein ouest, pendant qu'Evelyne court après nos deux monstres qui se sont échappés et commencent à se chamailler dans l'herbe folle autour d'un tas de buches.

Arrivée au Cactus Hotel tout prêt (pub gratuite...) où nous passerons une nuit calme en attendant le lendemain, nos bambins s'endorment rapidement avec certainement le sentiment du devoir accompli, le tas de bûche démoli.


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Episode deux...

Le grand jour est arrivé.

Hugues, en chauffeur de style vient nous chercher avec sa Hug-Mobile et nous nous retrouvons à nouveau à l'aérodrome. Une petite balade aérienne est organisée le matin avant le grand moment qui est prévu vers seize heures. Nos trois compères seront dans le rallye du club et nous dans Yankee Lima pour cette découverte de la ligne bleue en vol.

En fait, aujourd'hui, la ligne bleue est verte, recouverte de nombreuses essences dont les épiceas, facilement reconnaissables à leurs cônes qui pendent et tombent entiers au sol, contrairement à ceux du sapin qui sont dressés et se désarticulent vers le ciel.

Nous nous dirigeons tout d'abord vers le Rocher de Dabo à environ 8-10 NM de Sarrebourg. Cet énorme bloc de grès domine la commune de Dabo. Celle-ci ressemble à un grand X caractéristique à 647 mètres de hauteur. Le rocher est vraiment imposant et il est coiffé d'une chapelle qui a été construite en hommage au pape Léon IX et il paraît qu'il a aussi porté un temple gallo-romain dédié à Mercure.

Evelyne le mitraille sous tous les angles avec son Canon 350 D pendant que je tourne et virevolte autour, avec grâce, suivi par le Rallye qui comme un petit chien s'accroche à nos basques. Je vois aux commandes le sourire d'Arnaud qui morpionne Yankee Lima de près.

Nous partons ensuite en direction des grands lacs à l'ouest au bord desquels se trouve le restaurant où nous serons ce soir après la cérémonie.

Mais quel est cet éclair qui veint de passer sur notre gauche ? Ce n'est pas Arnaud. lui aurait plutôt comme fanion, avec le Rallye à fond, une tortue qui serre un frein à main. Ce n'est pas un aigle, ce n'est pas Superman...

C'est un avion que nous avons remarqué ce matin avant de partir sur le tarmac. Un avion magnifique, en bois et toile, un des deux seuls Bellanca Turbo Viking en Europe. Celui-ci est de 1975 et c'est un 17-31ATC avec un moteur Lycoming IO-540-K Twin Turbo de 300 pur-sangs énervés en continu.

Pour le coup, c'est moi la tortue maintenant. Il a sorti tous ses volets pour rester à notre niveau, et nous voilà à trois avions maintenant, à survoler les étangs des Stocks. Le pilote, Eric, est un garçon surprenant d'une grande gentillesse et semble-t-il excellent pilote.

Il est temps de retourner à la base, donc direction maintenant Buhl-Lorraine, les gargouillis de mon estomac me le confirment. Re-voila Sarrebourg mais laissons à Émile Hinzelin, l'auteur des Contes et Légendes d'Alsace (à lire absolument les cigognes, Hans Trapp et autres contes...), le soin de vous présenter l'espèce de presqu'ile que je découvre d'en haut...

"Une des plus pittoresques parties de l'Alsace, s'enfonçant en terre lorraine, y forme une presqu'île, dont deux promontoires s'allongent, l'un vers Sarrebourg au sud, l'autre vers Sarreguemines au nord. Ce ne sont que vallées, gorges, rochers et forêts. Avec une grâce infiniment variée, d'un côté la Sarre et ses menus affluents, de l'autre la Moder et la Zinzel gazouillante, donnent de la fertilité au sable et même de la grâce fleurie aux pierres de leurs rives."

Reposé en douceur, puis garé rapidement pour laisser le soin à Evelyne de mitrailler sous tous les angles le Bellanca Turbo Viking qui fait un passage basse hauteur avant de rejoindre la vent arrière et de se poser pour venir faire du gringue à notre Young Lady... C'est vrai qu'ils sont jolis l'un à côté de l'autre.


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Episode trois...


Nous avons rendez-vous à la mairie du petit village d'où vient Arnaud. Sa mère-Maire va procéder à la cérémonie, et Evelyne sera témoin. La Maire appelle Paul et le ceint de l'écharpe tricolore à glands argentés de Maire-adjoint. C'est qu'il est fier le petit bonhomme. Il va siéger à la droite de l'Officier d'Etat-civil et lit la première phrase du code : "Les époux se doivent mutuellement..."

Arnaud et Iza se sourient et flottent sur leur petit nuage rose.

Après les signatures, il est temps de sortir. Un drôle de ronronnement survient. Une escadrille de Pipers survole l'hôtel de ville assez haut, et tout à coup une multitude de serpentins de plusieurs mètres de long se déroulent et descendent doucement vers le sol, suivis par un nuage scintillant qui plane doucement aussi dans notre direction en descendant. Certains serpentins s'accrochent dans les câbles tendus entre les poteaux téléphoniques tandis que les autres se posent dans le champ voisin sous l'effet de la brise.

Paul et Daniel se précipitent dans le champ pour les ramasser et reviennent les bras chargés de rouleaux de papier WC déroulés et emmêlés, puis les remettent à Iza en lui disant : "C'est pour toi, tu pourras t'en servir chez toi !"

Eclat de rire général, qui redouble quand on apprend que le champ en question est sur la commune voisine.

Il est temps de se restaurer et de fêter les nouveaux mariés comme il se doit.

Les coupes et les flûtes tintent, les bulles pétillent et les rirent fusent comme savent le faire les gens heureux.

Du bonheur, rien que du bonheur...

Et le retour... Ben ça c'est une autre histoire !

 Patrick Guedj en Juin 2006

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